Regards sur les grilles

   

 

   

                                                         

“Se cacher est un plaisir, mais ne pas être trouvé est une catastrophe."

Cette phrase du pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott me paraît dire au plus juste ce qu'il en est de la tragédie qui s'attache parfois, d’une façon qu’on dira maladive, à ceux et celles que les soignants de psychiatrie accueillent dans leurs soins.

La détresse d'un sujet qui, faute d'être trouvé, pour des raisons que sa raison ignore, vient s'échouer un temps au pays de la dite "santé mentale", et dont le désir se met en pause, entre parenthèses, comme en attente d'un nouvel horizon, d'un changement de météo propice à la reprise de son chemin, à tenter de rejoindre ce que nous nommons bêtement notre « espérance de vie ».

Toute démarche clinique, c’est-à-dire reconnaissante de ses impasses, est comme pressée chaque jour de se réinventer, de se convoquer autrement, précisément sous un autre jour : celui des inventions propres à celui qu'elle tente d'approcher, de comprendre, et de soigner.

A force de m’être cogné, par souci de correspondre à l’objectivité recommandée, à une somme d’impossibles, le choix s’est peu à peu imposé d’essayer de travailler au plus près de la part d’ombre propre à chacun, cette part tout aussi intime qu’étrangère: la part du rêve.

Nous inventons nos routes, nous inventons nos projets, nous nous inventons les uns les autres.

Mais nos rêves, à la condition qu’on leur prête un peu d’oreille, ce sont eux qui tentent de nous inventer.

Alors: Sur les grilles, par exemple, il convenait que nous nous laissions rêver, que nous les abordions sous un autre regard, sous les regards surtout de ceux et celles qu'elles entourent.

Un rêve m'avait soufflé un jour à l'oreille, que ces grilles métalliques disposées en arc de cercle tout autour du service, étaient comme des supports disponibles attendant les fleurs grimpantes qui voudraient bien s'y enrouler, et fleurir.

Il ne suffisait plus que je rencontre un certain Jomy Cuadrado, les poches pleines de graines et d'engrais en tous genres, pour que nous prenne alors soudain l’envie de jouer les jardiniers.

D’autres allaient bientôt nous emboîter le pas. Plus de deux cent personnes hospitalisées se sont prêtées à ce jardinage, sur deux années et demie de séances.

Bien-sûr, il nous fallut d’abord préparer une bonne dose de terreau: un peu d'écriture, l'aval de la hiérarchie, le soutien de la Direction de l’Hôpital, l’accord de la DRAC et de l’ARS, la bienveillance des équipes, et enfin, la confiance de nos pairs : ceux-là précisément qui ont bien voulu laisser de côté leur tourment le temps de se prêter à ce jeu.

La suite, vous pouvez un peu la parcourir ICI.

Au cours de cette aventure, le réalisateur Claude Gaignaire nous a rejoint, caméra à l’épaule, son regard embarqué une année au cœur même de cet humus : il en a fait germer un film, intitulé « Le désir et la parole ».

Ce terme d'humus partage sa racine étymologique avec le terme d'homme, qui signifient tous deux: « terre ».

Humus donne aussi humilité…

Mais, pour ne pas trop rester à terre, j’ajouterai pour finir, que le mot «créer» signifie dans sa racine indoeuropéenne « faire croître ».

 

Franck Saintrapt

 

 

quelques retours dans la presse locale:
http://www.thau-info.fr/index.php/commune/echos/8435-art-et-therapie
http://www.sete.fr/index.php/Actualit%C3%A9s?idpage=61&idmetacontenu=3294

Le 27 septembre 2013 nous nous étions rendus Jomy et moi-même  présenter le film de Claude Gaignaire et parler de notre travail aux Journées de l'ANFIIDE à Marseille, le magazine L'Actualité Infirmière n°5 relate cette journée (pages 13 et 14):